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L’onde de choc de Charlie Hebdo en Niger

Adamou Garba, Niger
Adamou Garba, Niger

Le vendredi 16 et samedi 17 janvier 2015, des manifestations violentes se sont produites dans plusieurs  villes  du pays  dont les plus violentes ont été enregistrées à  Zinder, Niamey et Agadez avec un bilan  estimé à 10 morts, plus 45 églises , un centre culturel français, des bars brulés ainsi que d’innombrables dégâts matériels. Les causes de ces violences meurtrières sont  attribuées aux caricatures  du Prophète Mohamet  par le journal satirique français  Charlie Hebdo et surtout la participation du Président Mahamadou Issoufou à la marche de Paris du 11 janvier en faveur de la liberté d’expression.

Le 16 janvier 2015 restera dans la mémoire des Nigériens comme un Vendredi noir. Car en ce jour béni, juste après la prière  de 13h30, une foule en colère sortie des mosquées s’est  attaquée à des symboles de la  présence française au Niger, notamment le second Centre Culturel Français situé à Zinder, deuxième ville située à 917 km de Niamey. Zinder  est aussi reconnu comme un grand centre religieux où l’enseignement coranique est pratiqué depuis le 18ème siècle. Les cibles de prédilections des manifestants composés de badauds sont les églises, les écoles chrétiennes et le Centre Culturel Français pris d’assaut, saccagés et brûlés.  

La ville de Zinder s’embrasse

D’autres  groupes se propagent  rapidement comme une trainée de poudre dans toute  la ville s’attaquant à tout ce qui apparait appartenir aux étrangers dont les boutiques des commerçants Ibo spécialisés dans la vente des pièces détachées et les débits de boisson. D’autres groupes se sont dirigés vers les casernes et les commissariats. Les forces  de sécurité sont vite débordées. Dans l’œil de cyclone des vandales, il y avait aussi  le Palais du Sultan heureusement sauvé.

Bref la  désolation et le chaos s’installent  dans la ville suivis d’un climat de panique et de désordre généralisé. Il a fallu l’intervention de l’armée pour rétablir le calme. Mais les dégâts sont  énormes : 5 morts, le Centre Culturel Français parti en fumée,  trois églises, des débits de boisson et le siège du  Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS) brûlés.  Tout le monde pensait que les Nigériens allaitent tirer de leçon de cette chronique macabre d’une journée sanglante jamais vécue au Niger.

Contre toute attente, le samedi 17,  la ville de Niamey s’embrasse aussi

Des fidèles musulmans  qui se sont donné rendez-vous  à la Grande Mosquée de Niamey pour des prêches contre  les caricatures du Prophète Mohamet  par Charlie Hebdo ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre. Mécontente, la foule de musulmans rejointe par des badauds se repend dans toute la ville en cassant  et brûlant tout sur son passage. Des églises, des débits de boissons et autres bâtiments sont saccagés sans ménagement des deux rives du Fleuve Niger. La ville est aussitôt envahie par une épaisse fumée de pneus brûlés.

De mémoire  d’homme,  jamais le Niger n’a connu pareils  évènements tragiques. Bien que pays musulman à plus de 98 %, les différentes religions cohabitent dans la tolérance, et il pratiquement impossible de faire la différence entre un chrétien et un musulman hors des lieux de culte. C’est la première fois que les Nigériens  de confession chrétienne se sont sentis directement  agressés et  attaqués  par la rue.

Charlie Hebdo : la goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Le Président de la République s’est rendu à Paris à la tête d’une forte délégation  comprenant  entre autres, des leaders religieux (musulmans et chrétiens) pour soutenir le Président François Hollande  et la France encore sous le choc suite à  l’attentat  du 7 janvier contre Charlie Hebdo  et il a participé à la marche du 11 janvier à Paris.  Certains  Nigériens n’ont pas  bien compris le sens  de ce déplacement et toute la charge émotionnelle qui l’entoure. Des extrémistes ont interprété ce geste comme étant un soutien au journal qui persiste et signe dans ces actes blasphématoires contre le Prophète Mohamet. Comme dit l’adage, l’eau ne souille pas seule. L’affaire de Charlie Hebdo est intervenue dans un contexte de climat délétère dans les rapports entre le pouvoir et l’opposition politique sur un fond de menaces terroristes de la nébuleuse Boko Harem à l’Est du pays.

En effet, le Niger traverse une crise politique depuis la tentative avortée de la formation d’un gouvernement d’union nationale par le Président Mahamadou Issoufou qui a occasionné le  départ du parti de l’ancien Président de l’Assemblée nationale  M. Hama Amadou, de la mouvance présidentielle et l’éclatement des grands partis. Presque tous les partis de l’opposition sont en procès  devant les tribunaux pour une question de légitimité de différentes ailes. Un véritable feuilleton  aux milles et un  rebondissements dont tous les coups sont permis pour affaiblir l’adversaire dans la perspective des échéances électorales de  2016. Toute occasion est prétexte à la violence avec des victimes collatérales comme les chrétiens, les propriétaires des débits de boissons, les paisibles citoyens.  

A travers les marches anti Charlie, certains  observateurs ont vu la montée de l’intégrisme religieux, car des drapeaux de Boko Haram ont flotté pendant les marches au Niger ; d’autres  pensent au contraire à  des règlements de compte  entre politiciens.

Le Niger en guerre contre l’obscurantisme de Boko haram

Quoi qu’il en soit, ces événements ont  vite transformé le Niger en champ de bataille contre Boko Haram dont les premières attaques ont été perpétrées  dans la région de Diffa notamment à Bosso et à Diffa le 6 février. Quelques jours plus tard, la psychose a atteint son paroxysme avec le bombardement du village frontalier de Madama par un avion non identifié faisant 37 morts. Tous les analystes s’accordent à dire qu’il s’agit  d’une bavure de l’armée nigériane. Des îles sur la Komadougou sont attaquées. On déplore  7 morts dans les rangs des forces de sécurité et 14  morts  du côté de Boko Haram.  Sur le terrain les attaques  et contre attaques se succèdent et plusieurs membres présumés de la secte Boko Harem sont arrêtés au Niger.

Depuis le Niger est sur un pied de guerre qui se traduit par le vote des députés- toute tendance confondue – de l’envoie  d’un contingent  au Nigéria dans le cadre de la coalition contre Boko Haram.  La mobilisation  est  générale avec la grande marche le 17 février ayant vu la participation de centaines de milliers de manifestants ayant pris  d’assaut les artères de la capitale pour soutenir les forces de défenses et de sécurité et les populations de Diffa. D’autres initiatives, entre autres l’organisation de téléthon, de création de chants patriotiques, l’ouverture de compte bancaire pour soutenir l’effort de guerre sont observées. Les mesures de sécurité ont été renforcées au niveau des transports et des édifices publics par des contrôles minutieux. Toutes les tentatives des combattants de Boko haram d’infiltration au Niger ont échoué. La lutte contre Boko haram a enregistré un soutien de taille avec la récente tournée de Laurent  Fabius, ministre des Affaires Etrangères français au Tchad, Cameroun et Niger. La France ne compte pas s’arrêter là. En plus de soldats français aux côtés des forces de la coalition, elle envisage porter le problème aux  Nations Unies  afin de lui donner une dimension mondiale.

By Adamou Garba, African Greens member of the Global Greens Coordination

Adamou Garba, Niger

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